🫒 Histoire 

Histoire, les origines et les zones de culture des olives et de l’huile d’olive

I. LES ORIGINES — UN TRÉSOR VIEUX DE 8 000 ANS

Les premières traces de culture de l’olivier remontent à environ 6 000 ans avant J.-C., en Crète et en Mésopotamie. Des fouilles archéologiques en Israël ont révélé des pressoirs datant de 4 500 av. J.-C., indiquant une production déjà structurée. L’olivier fut cultivé pour la première fois aux alentours de 5 000 av. J.-C. sur la côte de l’ancienne Israël. On y a retrouvé de simples presses à olives lors de fouilles sur le site néolithique de Kfar Samir. Selon les archéologues, la domestication de l’olivier — c’est-à-dire sa transformation de plante sauvage en arbre cultivé — aurait eu lieu entre 3 800 et 3 200 avant J.-C., vraisemblablement de façon indépendante dans plusieurs régions du bassin méditerranéen sur une très longue période. Dès le IVe siècle avant J.-C., on extrayait déjà l’huile en Syrie, à Chypre ou encore en Crète. Vers 1 700 av. J.-C., la technique s’améliore et les premiers pressoirs à arbres apparaissent en Syrie. L’olivier (Olea europaea) appartient à une famille d’arbres dont six sous-espèces poussent de la Méditerranée jusqu’à la Chine. L’olivier sauvage, appelé oléastre (Olea europaea L. Oleaster), est un arbuste épineux à petites feuilles qui produit peu de fruits, mais une huile plus délicate que celle des oliviers cultivés. 

II. L’ANTIQUITÉ — L’OR LIQUIDE DES CIVILISATIONS

Les Phéniciens et les Grecs — les grands diffuseurs

Vers 1 000 avant J.-C., la culture de l’olivier se répand dans le bassin méditerranéen, notamment grâce aux Phéniciensqui propagent l’olivier à travers la Grèce, puis dans l’ensemble du pourtour méditerranéen. Son commerce prend son essor avec le commerce maritime en amphore — surnommée « l’or vert de la Méditerranée »— vers tout le bassin méditerranéen, avec les civilisations antiques phénicienne, grecque, puis romaine. L’huile d’olive est mentionnée dans toutes les religions méditerranéennes : mythologies antiques mésopotamienne, égyptienne, grecque, celtique, romaine, mais aussi dans la Torah, l’Évangile et le Coran. Dans la Grèce antique, l’huile d’olive jouait un rôle central dans la vie quotidienne. Elle était utilisée pour l’alimentation, la beauté, la santé et les rites religieux. Les Grecs l’ont commercialisée dans tout le bassin méditerranéen, contribuant à sa diffusion et à sa renommée mondiale. L’olivier est l’arbre sacré d’Athéna, déesse de la sagesse. La couronne d’olivier ornait les vainqueurs des Jeux Olympiques, et une branche d’olivier symbolisait la paix dans tout le monde antique

L’Empire Romain — l’industrialisation de l’huile d’olive

L’Empire romain a joué un rôle crucial dans l’expansion de la culture de l’olivier et du commerce de l’huile d’olive. Rome a développé des infrastructures agricoles optimisées et introduit l’olivier dans ses provinces, notamment en Hispanie (Espagne actuelle), en Afrique du Nord et en Gaule. Les Romains étaient de grands consommateurs d’olives et d’huiles d’olive provenant d’Hispanie, et plus précisément de Bétique (l’actuelle Andalousie). L’huile d’Hispanie était la plus appréciée de l’Empire grâce à son excellente qualité. On estime que pendant cette époque, l’Hispanie a exporté plus de 30 millions d’amphores d’huile d’olive vers Rome et les autres provinces. Du Ier au IIIe siècle de notre ère, les Romains répandirent la culture de l’olive jusque dans des zones plus marginales telles que la Tunisie et la Libye occidentale, qui demandaient des systèmes d’irrigation considérables. L’attachement des Romains à l’huile d’olive est illustré par la décision de Septime Sévère de la prélever comme taxe imposée aux provinces, puis de la redistribuer à la population de Rome. 

III. LE MOYEN ÂGE — LA GARDE DES MONASTÈRES

Après la chute de l’Empire Romain, la culture de l’olivier se poursuit dans toute l’Italie, le sud-est de la France et le sud de la péninsule ibérique — essentiellement à des fins d’autoconsommation. Durant le Moyen Âge, l’extension de l’oléiculture dans la partie occidentale et chrétienne de la Méditerranée est assez timide, voire en recul. Au Moyen Âge, l’huile d’olive conserve son importance en Europe et dans le monde arabe. Elle est utilisée comme source d’éclairage, comme combustible et comme lubrifiant. Les monastères jouent un rôle fondamental dans la préservation et la transmission des savoirs liés à la culture de l’olivier et à la production d’huile d’olive. Dans l’Europe médiévale, ce sont les ordres religieux qui prennent le contrôle de la production d’huile, lui donnant un usage liturgique — utilisée dans les lampes des autels éclairant les églises. En raison de la limitation des graisses animales dans la culture arabe, la consommation de graisses d’origines végétales comme l’huile d’olive est privilégiée dans les territoires musulmans, contribuant à maintenir une tradition oléicole forte dans le Maghreb et au Moyen-Orient. 

IV. LA RENAISSANCE & L’EXPANSION MONDIALE (XVe–XVIIIe siècles)

À la Renaissance, l’Italie est le premier pays producteur du monde d’huile d’olive. Ces huiles riches et aux intenses saveurs ornent les tables des noblesses européennes. Leurs vertus médicinales sont également très reconnues à cette époque. Au cours de la période des grandes découvertes géographiques et l’expansion maritime de l’Espagne et du Portugal — particulièrement aux XVe et XVIe siècles — l’olivier est introduit sur les nouveaux territoires : en Amérique (Mexique, Pérou, Argentine) et en Afrique subsaharienne. En Espagne, la culture de l’olivier avait été introduite dès 1 100 av. J.-C. par les Phéniciens. Avant de se développer en tant qu’ingrédient culinaire, l’huile d’olive en Espagne était utilisée pour soigner les cheveux et la peau, pour guérir les blessures et comme analgésique. Introduit 600 ans avant J.-C. sur les côtes méditerranéennes par les Phocéens qui créèrent Massilia (Marseille), l’olivier s’installe progressivement en Provence et apprécie tout particulièrement le microclimat des Alpilles. 

V. L’ÈRE MODERNE (XIXe–XXIe siècles)

Avec l’avènement de l’ère industrielle, la production d’huile d’olive se modernise. De nouvelles technologies permettent d’augmenter les rendements et d’améliorer la qualité de l’huile. Cette industrialisation conduit à une standardisation des produits et à une expansion des marchés. Au XIXe siècle, l’usage de l’huile d’olive se développe notamment dans le sud de la France, faisant prospérer toute une région : le savon de Marseille connaît son apogée. Les révolutions technologiques des XIXe et XXe siècles améliorent les techniques de culture, de récolte et de distribution, mais l’invention de nouvelles méthodes d’éclairage fait diminuer la demande mondiale d’huile d’olive. L’huile d’olive devient alors principalement un ingrédient gastronomique. Au XXe siècle, en Espagne, une véritable révolution technologique permet de produire des huiles excellentes qui, chaque année, gagnent les concours les plus prestigieux au monde. L’Espagne devient le leader mondial en quantité et en qualité d’huiles d’olive produites. 

VI. LES ZONES DE CULTURE — DU BASSIN MÉDITERRANÉEN AU MONDE ENTIER

La zone d’origine : le Bassin Méditerranéen

L’olivier est l’arbre symbole de l’aire méditerranéenne et l’extension de sa culture marque les limites de son climat. Son aire naturelle, naturellement restreinte par le climat, s’est étendue à son maximum de la Narbonnaise aux confins du désert africain et de la Syrie à la Lusitanie (Portugal actuel). La culture de l’olivier nécessite un climat méditerranéen typique : hivers doux, étés chauds et secs, ensoleillement intense, sols bien drainés même pauvres et rocailleux. L’olivier ne supporte pas les gelées prolongées en dessous de -7°C.

Les grandes zones de production mondiales

🌍 EUROPE MÉDITERRANÉENNE (67 % de la production mondiale)

  • Espagne — Andalousie (Jaén, Cordoue, Séville, Grenade), Catalogne, Estrémadure, Communauté Valencienne. La province de Jaén, en Andalousie, produit à elle seule près de 20 % de l’huile d’olive mondiale, offrant des paysages de véritables mers d’oliviers.
  • Italie — Pouilles (45 % de la production nationale), Calabre, Sicile, Campanie, Toscane, Ombrie, Ligurie, Latium
  • Grèce — Crète (30 % de la production nationale), Péloponnèse, Lesbos, îles de la mer Égée
  • Portugal — Alentejo (80 % de la production nationale), Trás-os-Montes, Ribatejo
  • France — Provence (Vallée des Baux, Nyons, Aix), Languedoc-Roussillon, Corse
  • CroatieSlovénieMalteChypre — productions modestes mais de grande qualité

🌍 BASSIN MÉDITERRANÉEN HORS UE (~33 % de la production mondiale)

  • Tunisie — première région : Sfax et le Sahel (2 millions d’hectares)
  • Turquie — Égée (Izmir, Ayvalık), Marmara, Méditerranée (Antalya)
  • Maroc — Marrakech, Fès-Meknès, Oriental
  • Syrie — région de l’Oronte, Idlib
  • Algérie — Kabylie, région de Béjaïa
  • LibanIsraëlPalestineJordanieÉgypte

🌍 NOUVEAUX PAYS PRODUCTEURS (émergents, croissance rapide)

Bien que l’huile d’olive ne représente qu’environ 3 % du marché mondial des huiles végétales, sa consommation s’est géographiquement étendue. Autrefois concentrée dans les pays méditerranéens, elle est désormais appréciée dans le monde entier.

  • Argentine — Mendoza, San Juan, La Rioja, Catamarca
  • Chili — Atacama, Coquimbo, Metropolitana
  • Australie — Australie-Méridionale, Nouvelle-Galles du Sud
  • États-Unis — Californie (Central Valley)
  • Afrique du Sud — Western Cape
  • Nouvelle-ZélandePérouMexiqueChine

VII. LES CONDITIONS CLIMATIQUES IDÉALES

L’olivier est un arbre d’une remarquable résilience. Il prospère dans les conditions suivantes :

CritèreConditions optimales
Température15–20°C en moyenne annuelle
GelSupporte jusqu’à -7°C (brièvement)
Ensoleillement2 000–3 000 heures/an minimum
Pluviométrie200–800 mm/an suffisent
SolPauvre, calcaire, rocailleux, bien drainé
AltitudeDe 0 à 700 m (optimal : 0–400 m)
LongitudeEntre 30° et 45° de latitude (N et S)

VIII. CHIFFRES CLÉS EN 2025

IndicateurChiffre
Surface mondiale cultivée11,7 millions d’hectares
Nombre de pays producteurs58 pays sur 5 continents
Production mondiale 2024/253,5 millions de tonnes (record)
Consommation mondiale3,2 millions de tonnes
Part de l’UE dans la production67 %
Croissance sur 60 ansProduction triplée

En résumé, l’huile d’olive est bien plus qu’un simple produit alimentaire : c’est un patrimoine vivant de 8 000 ans, né au Proche-Orient, façonné par les grandes civilisations méditerranéennes, diffusé aux quatre coins du monde, et aujourd’hui au cœur d’un engouement mondial pour la santé, la gastronomie et l’art de vivre méditerranéen. 🫒

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